Chère Madame

Je suis Simone… Simone Veil… la femme d’état, la magistrate, la féministe, l’épouse, la mère, l’amie, la fille, la sœur… la liste est longue et multiple…

Femme d’hier et d’aujourd’hui, mon engagement pour le droit des femmes est immortel.

Je suis née en 1927, sur la côte d’Azur, à Nice. Mon nom de naissance est Jacob et laisse deviner facilement mes origines juives. Pourtant, « je n’ai pas vraiment une culture juive, je ne suis pas du tout religieuse, mes parents ne l’étaient pas du tout, et j’ai de grandes lacunes en ce qui concerne la culture juive. Ce que j’ai en moi, c’est […] la mémoire de la Shoah, oui, ça oui, la mémoire des déportations. »

Mon enfance se déroule normalement entre le soleil et la mer. « Les photos conservées de mon enfance le prouvent : nous formions une famille heureuse. Plus tard, mais très vite, le destin s’est ingénié à brouiller des pistes qui semblaient si bien tracées, au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. »

Lorsque la guerre éclate et que le Nazisme inonde l’Europe, la France n’est pas épargnée.

A mes 16 ans, par un triste jour d’occupation, je suis arrêtée par 2 SS et déportée en camp de concentration.

Que dire d’une telle atrocité ? Comment raconter l’innommable par des mots ? Il y a des souvenirs que l’on n’oublie pas. Ils vous marquent à jamais dans votre chair et votre mémoire ! Ma mère meurt en déportation. Ma sœur et moi survivons. Rien ne sera comme avant.

Finalement C’est peut-être là, en enfer, que je suis devenue féministe.

Tu sais « je ne suis pas une militante dans l’âme, mais je me sens féministe, très solidaire des femmes quelles qu’elles soient… Je me sens plus en sécurité avec des femmes, peut-être est-ce dû à la déportation ? Au camp, leur aide était désintéressée, généreuse, pas celle des hommes. Et la résistance du sexe dit faible y était aussi plus grande. »

Aujourd’hui, Tu me connais certainement au travers de mon combat pour la dépénalisation de l’IVG. Victoire que j’ai obtenu en 1975 grâce à une loi qui porte mon nom.

Oh tu penses peut-être que je suis un monument, une femme extraordinaire.

Peut-être approuves tu mes actions, peut-être les réfutes tu.

C’est ton droit. Sache juste que :

« Dans les différentes fonctions que j’ai occupées, au gouvernement, au Parlement européen, au Conseil constitutionnel, je me suis efforcée de ne pas faseyer, plaçant mes actes au service des principes auxquels je demeure attachée par toutes mes fibres : le sens de la justice, le respect de l’homme, la vigilance face l’évolution de la société. »

Comme toi dans la vie de tous les jours, j’ai fait au mieux ! J’ai agi selon mes convictions. J’ai entrepris les batailles qui me tenaient à cœur.

« Si l’existence ne m’a guère épargnée, j’ai, en revanche, croisé bien des gens qui m’ont protégée. Tout cela pour dire que ma position actuelle ne saurait être interprétée comme une revanche personnelle. Elle tient en une seule phrase : les chances, pour les femmes, procèdent trop du hasard, et pas assez de la loi ou plus généralement de la règle du jeu. Réciproquement, je suis convaincue que la société ne peut que bénéficier de l’apport spécifique, pour elle, de la réduction des inégalités dont souffrent les femmes. »

« Ma revendication en tant que femme c’est que ma différence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin. »

« On me reproche d’être autoritaire. Mais les regrets que j’ai, c’est de ne pas m’être battue assez sur tel ou tel sujet. »

« Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre. Et quoi qu’on dise, l’humanité aujourd’hui est plus supportable qu’hier. »

Chère Madame, j’ai quitté ce monde en juin 2017 et, un an plus tard, je fus inhumée lors d’une cérémonie solennelle au Panthéon, temple dont le fronton est : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Tout est dit !

Sur ces belles paroles, chère Madame, j’interromps ce long monologue.

Puisses tu vivre une vie riche de rencontres et d’engagements, puisses tu être fière d’être une femme, puisses tu vivre ta féminité pleinement et sereinement, puisses tu choisir en ton âme et conscience.

Je te souhaite une belle vie.

Amitiés

Simone

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