Chère Madame,

Je ne te connais pas mais toi tu me connais peut-être… Peut-être seulement de nom, peut-être plus précisément…

Je suis Marie Curie, née Maria Salomea Skłodowska le 7 novembre 1867 à Varsovie.

Je suis très heureuse de m’adresser à toi aujourd’hui, alors que le monde entier à les yeux tournés sur les scientifiques espérant qu’ils trouvent au plus vite le remède miracle contre ce qu’ils ont appelé le COVID-19.

Tout d’abord, j’aimerais te rassurer et partager avec toi un « premier principe : ne jamais se laisser abattre par des personnes ou par des événements ».

Certes, en ce moment même, tu es plongée dans l’incertitude. A juste titre, tu te demandes quel sera le monde de demain, quelles seront les conséquences de cette crise sanitaire.

Certes, tu ne comprends pas comment ce virus (mais est-ce bien un virus ?) a vu le jour.

Et puis, autour de toi, il y a tellement de sons de cloches différents. Tu navigues entre les optimistes qui croient en l’avènement d’un monde meilleur, plus responsable, plus solidaire et les pessimistes qui crient à la récession, à la crise sociale, à une reprise folle de la course au profit.

Tes craintes et tes questions sont légitimes et le temps apportera ses réponses.

Ce qu’il est important que tu saches, c’est qu’en ce moment même, des milliers de mes confrères et consœurs travaillent d’arrache-pied à trouver une solution et qu’ils la trouveront !

Oh, je les connais, ils doivent être dans un état second. J’ai été comme eux, « je suis de ceux qui pensent que la science est d’une grande beauté. Un scientifique dans son laboratoire est non seulement un technicien : il est aussi un enfant placé devant des phénomènes naturels qui l’impressionnent comme des contes de fées. »

Heure après heure, ils testent, avancent, reculent, découvrent, perdant la notion du temps et de l’actualité concentrés sur leur recherche.

Le problème est que dans la vie est « on ne fait jamais attention à ce qui a été fait ; on ne voit que ce qui reste à faire. »

Tu sais lorsque que j’ai découvert la radioactivité du thorium en 1898 puis, en collaboration avec mon mari Pierre, le polonium et le radium et bien figure-toi que j’avais tellement le nez dans le guidon, que même lorsqu’en 1903, j’obtiens le prix Nobel de physique et, en 1911, le prix Nobel de chimie, je crois que je n’ai pas réalisé tout ce que j’avais accompli tant j’avais le regard tourné sur ce qu’il me restait à faire.

Prendre du recul sur le chemin déjà parcouru permet de continuer à avancer dans la bonne direction. Cette prise de hauteur sur les évènements passés, nous offre un regard plus mûr sur les écueils que nous avons rencontré afin de mieux les comprendre.

« La vie n’est facile pour aucun de nous. Mais quoi, il faut avoir de la persévérance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l’on est doué pour quelque chose, et que, cette chose, il faut l’atteindre coûte que coûte. »

C’est parce qu’ils croient en l’existence d’un remède contre le coronavirus que les scientifiques le trouveront.

Persévérance et confiance en soi sont des dons précieux dont il faut prendre soin.

Tu penses sans doute que c’est un peu facile pour moi de dire cela. Moi qui ai obtenu deux Prix Nobel, moi qui fus la première femme nommée professeure à la Sorbonne. Tu te trompes !

Comme toi, j’ai lutté.

J’ai travaillé avec acharnement, j’ai dû me battre pour être reconnue dans un monde d’hommes. Je te rappelle qu’en dépit de mes brillantes découvertes scientifiques et de la reconnaissance qui leur est associée, l’entrée à l’Académie des Sciences me fut refusée.

Et puis, sans vouloir tomber dans le pathos, je fus veuve à 39 ans ! A la mort de Pierre, mon monde s’est écroulé et je me suis retrouvée seule à élever mes deux filles, Irène et Eve.

Pourtant, je n’ai pas perdu mon envie de vivre et d’avancer. Je devais être forte pour mes filles.

Peu de temps après, la guerre a éclaté et me voilà à la tête du premier service de radiologie mobile. Aidée par de riches bienfaiteurs, j’ai créée « Les petites Curie », une flotte de plus de 200 véhicules équipés de dynamos, appareils à rayons X et matériels photographiques, qui sillonnaient les routes de France et ses tranchées à la recherche de blessés. Grâce à cela, près d’un million de vies furent sauvées pendant la guerre. J’avais, en effet, découvert que l'”ennemi” -fût-il un éclat d’obus, une balle de plomb ou une fracture- n’est pas toujours visible à l’oeil nu. Et que le recours systématique à la chirurgie est plus meurtrier que salvateur.  

Quelle horreur, cette guerre !  J’ai vu des choses atroces, si terribles que je n’ai même plus peur. « Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. »

Même plus peur de me rendre sur le front au péril de ma vie, même plus peur d’entrer dans la clandestinité pour parvenir à mes fins.

Il faut dire que la transgression des autorités m’est familière car elle me rappelle mes jeunes années en Pologne, sous l’occupation russe, où mes professeurs m’enseignaient en cachette l’histoire polonaise. Il faut parfois savoir agir de manière non officielle, avoir l’audace d’aller au bout de ses convictions.

« Vous ne pouvez pas espérer construire un monde meilleur sans améliorer les individus. » Et pour cela, on ne peut rien accomplir seule. Il faut s’entourer de personnes, de talents, de belles âmes, qui avancent dans la même direction que vous.

Bien souvent, on omet l’importance d’un réseau lorsque l’on entreprend quelque chose.

Pendant la guerre, j’ai développé un réseau tentaculaire, caractérisé par une forte entraide féminine.

Le partage et l’entraide sont des carburants essentiels à toute entreprise.

Et puis, il y a la patience.

De ma longue expérience, « j’ai appris que la voie du progrès n’était ni rapide ni facile. »

Je pourrais encore t’écrire des lignes et des lignes mais finalement ce n’est pas moi qui suis digne d’intérêt.

Combien de fois ai-je d’ailleurs dit à mes filles « Pensez à être moins curieuses des personnes que de leurs idées. »

Alors garde de moi en mémoire, que je fus physicienne, que je fus féministe, que je fus mère, que je fus épouse, que je fus une femme dans toute sa complexité et ses multiples facettes.

Chère Madame, je te souhaite de rêver, d’oser, de persévérer et de t’accomplir et si tu passes en Haute-Savoie, tu es la bienvenue à Sancellemoz où je repose depuis le 4 juillet 1934.

Amitiés,

Marie

Auteure : Ségolène TROUSSET

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